Synthèse du Congrès

Juillet 2008
Denise Lussier, Ph. D., Université McGill
Monique Lebrun, Ph. D., Université du Québec à Montréal

Introduction

Le congrès avait pour thème « Faire vivre les identités francophones ».

Les sous-thèmes portaient sur les enjeux, pour ne pas dire les défis, qui vont permettre de faire rayonner la culture d’expression française dans la francophonie et promouvoir le dialogue entre langues et cultures dans le contexte de la mondialisation. Les enjeux retenus sont d’ordre sociopolitique, culturel et littéraire, pédagogique et didactique, technologique.

Enjeux sociopolitiques

  • Le français semble en progression, mais il y a recul dans certaines institutions dont l’ONU et les institutions européennes.
  • Faire la promotion du français à travers le monde non seulement comme une langue de communication, mais comme une langue de travail.
  • Au Canada, la dualité linguistique semble prendre un nouveau tournant et se situer dans un paradigme différent.
  • Maintenant, apprendre les deux langues officielles (Français langue seconde et Anglais langue seconde) est considéré comme un pont vers le monde et une ouverture à l’apprentissage d’une 3e langue.
  • Pour développer la vitalité ethnolinguistique d’une nation, il faut susciter l’ouverture à l’Autre non seulement par le biais de l’apprentissage de sa langue ou de son histoire, mais bien par la compréhension de sa langue et de son histoire.
  • Pour la France, l’enseignement du français dans le monde repose sur trois priorités :
    • Défendre le plurilinguisme
      • Apprentissage d’au moins une 2e langue étrangère
      • Développement de l’enseignement bilingue
      • Protection des pays membres de la francophonie
    • Défendre le français comme langue de travail et langue de la diplomatie.
    • Conquérir de nouveaux espaces francophones, de nouveaux publics.
  • Protéger le français dans les lieux publics en offrant des repères linguistiques forts.
  • Développer une déontologie de la langue.
  • Accompagner les Politiques linguistiques par une Politique européenne de la langue qui repose sur trois mots-clés : comprendre, parler et traduire.
  • Impossible de concevoir le français sans la France (mais le poids démographique = tendance à la centralisation).
  • Considérer l’impact de la dimension sociale et institutionnelle du bilinguisme :
    • Aménagement linguistique qui complète les pratiques individuelles.
  • Nécessité de penser la langue comme une pratique sociale impliquant des dimensions affectives et identitaires.
  • Faire vivre aux élèves des pratiques concrètes de communication pour faire de la langue un vecteur identitaire.
  • Aller jusqu’à promouvoir un titre de circulation pour les intellectuels, les artistes de la francophonie via la
    création d’un visa francophone.
  • La langue française est en partage. Elle n’appartient plus seulement à la France. La diversité linguistique et
    culturelle s’impose à la Francophonie.
  • On ne connaît bien sa langue que lorsque l’on en maîtrise une autre.
  • Ne plus élargir la francophonie mais l’approfondir.
  • Apporter des réponses spécifiques à des aires culturelles différentes ; les approches et le matériel didactique
    étant trop peu adaptés et particularisés aux contextes des différents pays.
  • Pour l’OIF, accompagner les réformes des systèmes éducatifs de l’enseignement du français.
  • Veille et bilan-photographie relatif à la situation du français.
  • Adopter un vade-mecum sur l’utilisation du français dans les organisations internationales avec
    l’engagement des pays membres à respecter le texte et à ne plus laisser s’installer un monolinguisme de fait dans ces organisations.
  • Se donner une Cellule d’observation du français avec pour fonction d’observer l’évolution de la
    situation de la langue française dans les organisations internationales pour définir des stratégies et éclairer les décisions en matière de politiques linguistiques et de programmation de la Francophonie.
  • Créer un partenariat structuré avec les opérateurs : AUF et ses réseaux, les organismes nationaux et les réseaux spécialisés, professionnels ou thématiques (Alliances françaises, TV5, FIPF…)
  • La Francophonie institutionnelle ne semble pas s’intéresser aux mondes de l’enseignement du FLM dans le primaire et le secondaire en Europe.
  • Les enseignants demeurent les parents pauvres des politiques institutionnelles tout en étant les véritables figures clés du français dans le monde.
  • L’accord cadre signé entre l’OIF et la FIPF doit permettre de combler les lacunes du volet éducatif de l’OIF et d’offrir les moyens à la FIPF de mettre sur pied, des programmes et des projets permettant de dynamiser le réseau associatif et de développer les formations à court et moyen terme.
  • Il y a toute une représentation du français à reconstruire.
  • Il faut se débarrasser du mythe de la pureté de la langue.
  • Lier les capacités organisationnelles et les moyens de l’AUF aux expertises scientifiques du CRAPEL et à celles de la FIPF dans différents pays.
  • Il est intéressant d’avoir des regards croisés de différents pays sur un même corpus.
  • Le français est une langue d’usage public qui permet d’établir la cohésion sociale.
  • Le rôle de l’État est essentiel pour établir une solide politique linguistique, résorber les inégalités et établir la « paix linguistique ».
  • Les 2 pôles majeurs de francisation et d’intégration sont l’école et le travail.
  • Les francophones doivent s’interroger sur les rapports qu’ils désirent établir entre eux s’ils veulent que le français continue à faire partie des grandes langues de communication internationale.
  • Le français doit être perçu comme utile au triple plan international, national et local.
  • L’État doit mettre de l’avant des politiques linguistiques qui valorisent le rôle de l’usager de la langue.

Enjeux sociaux et sociolinguistiques

  • Il faut :
    • présenter le français comme une langue moderne.
    • mettre sur pied une étude portant sur les représentations de la langue française chez les jeunes.
    • privilégier la diversité culturelle
  • La valorisation du français passe par le plurilinguisme.
  • Les francophones doivent élaborer une stratégie de la variation linguistique qui
    • s’articule autour d’un noyau central
    • assure l’intercompréhension entre francophones (limite à la variation)
  • La norme est plurielle, d’un pays francophone à l’autre, mais le noyau dur (morphologie, syntaxe et lexique) est stable, d’où le terme « modulations nationales du français ».
  • Les francophones ne sont pas tous sereins face à la variation linguistique, mais le dialogue permet l’ouverture. Il faut répandre la culture de la variation linguistique, renseigner les gens sur ses mécanismes pour éviter les jugements de valeur.
  • L’enseignant de français est un acteur essentiel dans la lutte contre les préjugés.
  • Les moyens modernes de communication (films, télé…) sont les garanties que les diverses normes du français n’aboutissent pas au fractionnement de la langue française.

Enjeux pédagogiques et didactiques

  • Le français doit rester une langue de scolarisation et de formation.
  • Il faut non seulement favoriser le dialogue interculturel, mais le dépasser en prônant des interventions directes, c-à-d. compenser :
    • la méconnaissance et l’ignorance par une meilleure information, formation initiale et éducation ;
    • les préjugés par le recours au dialogue interculturel ;
    • les conflits de valeurs par la négociation et la médiation ;
    • les intérêts divergents par la délibération citoyenne ;
    • la discrimination et les conflits de droits par l’arbitrage ;
    • le souci du bien commun par la construction d’une nouvelle éthique du vivre-ensemble.
  • Multiplier les instruments de référence pour l’enseignement du français tel que le CECR
    • le CECR : un instrument pour réaliser une éducation plurilingue et une approche rationnelle, mais la notion de tâche y est floue. Il faut l’activer par des projets.
  • Importance de l’approche par compétences (APC) car elle conduit à des activités réalistes.
  • Se servir de la littérature de jeunesse pour construire les identités francophones.
  • Travailler les valeurs citoyennes dans la construction des identités francophones.
  • Voir les enseignants comme des passeurs culturels.
  • Trois contextes sont à considérer : celui du FLM, FLS et FLE.
  • Importance de la motivation dans les 3 FL et surtout pour les adultes du FLE et FLS.
  • En FLM, il convient de favoriser la pédagogie du projet.
  • Veiller à ce que le français ne devienne pas une sorte de patois avec l’évolution du plurilinguisme.
  • Actualiser sur un site Internet l’élaboration d’une anthologie francophone.
  • Expliquer aux élèves la vitalité et l’expansion réelle du français sur cinq continents, car ceux-ci sont très sensibles à l’utilité réelle de l’apprentissage du français.
  • Ne pas voir que le rôle utilitaire de la langue, mais miser sur la motivation culturelle.
  • Le texte littéraire étant porteur de culture, il devrait être priorisé mais à condition de l’assortir à une pédagogie de type participatif et respectueuse des représentations culturelles des apprenants.
  • L’enseignant doit aider l’élève à construire son identité de francophone à travers le dialogue interculturel et surtout à travers les littératures francophones, qui ne nécessitent pas le passage par la traduction.
  • Nécessité de trouver de nouvelles voies pour promouvoir des situations plurilingues dans les classes de langue. Cette démarche peut passer par le conte et utiliser des modules d’un didacticiel en ligne.
  • Repenser l’approche didactique avec les élèves des communautés culturelles.
  • Choisir comme norme le français standard, mais aussi prendre en compte la variation linguistique de la francophonie.
  • Les professeurs doivent lutter contre les préjugés relatifs à certaines variétés de français d’où l’importance de bien les former.
  • Il faut lutter contre l’obsession de la faute (ne pas condamner le texto).

Enjeux culturels, interculturels et littéraires

  • Les enseignants sont des passeurs de civilisation.
  • Faire vivre la francophonie, c’est faire vivre la diversité du monde.
  • Défaire le concept que le français est une langue difficile.
  • Apprendre une langue c’est découvrir l’Autre, son histoire, sa mémoire, ses rêves, c’est renoncer à diaboliser l’Autre.
  • Tenir un discours sur la diversité culturelle.
  • L’affirmation francophone n’est pas un repli, mais une mémoire et un projet de société à défendre.
  • Il faut dépasser un simple dialogue et aller vers des prises de position (suivies de mises en œuvre) qui doivent interpeller tous les éducateurs de la francophonie.
  • Il est tout aussi important de se donner un Cadre commun de référence de la compétence de communication interculturelle que d’un Cadre européen commun de référence.
  • Le droit au français devrait être équivalent à avoir un environnement sain.
  • Dans l’enseignement des langues - cultures, il faut distinguer la logique de l’écoute (cultures orales) et la logique formelle de l’écrit (cultures de l’écrit).
  • Le français n’est pas seulement une langue - culture. C’est aussi une langue - travail.
  • Le français est le pilier de la culture publique québécoise.
  • Le Québec veut conjuguer l’affirmation culturelle du français et le respect de la diversité culturelle et linguistique.

Enjeux technologiques

  • Se donner un outil à l’international grâce à une nouvelle force telle que les technologies.
  • Se donner une ouverture sur le monde par la mise en place d’un portail destiné à toute la francophonie.
  • Le numérique devrait constituer une force de frappe de la francophonie.
  • Défendre l’idée que le français est la langue de la modernité qui s’approprie les TIC.
  • La réalité : une utilisation décevante des TIC et seulement par une minorité d’enseignants
  • Questions soulevées :
    • Les TIC contribuent-elles à l’acquisition, au développement et au maintien de compétences et de savoirs fondamentaux ?
    • Viennent-elles enrichir, rehausser, approfondir les apprentissages qui se réalisent dans la formation et la profession enseignante ?
    • Favorisent-elles réellement la persévérance et la réussite des futurs élèves ?
    • Participent-elles à l’acquisition, au développement et au maintien des compétences pédagogiques des formateurs ?
  • Favoriser les formations technologiques à distance pour les pays du Sud.
  • Urgence de former des enseignants à toutes les ressources disponibles sur Internet.
  • Nécessité d’adapter les outils technologiques à des milieux socioculturellement diversifiés si on veut en assurer l’impact.
  • Explorer les nouvelles configurations communicatives de l’Internet et travailler sur les cybergenres et les cyberdiscours.
Principaux partenaires
Gouvernement du Québec
Organisation internationale de la francophonie
République française - Ministère des affaires étrangères
Agence universitaire de la Francophonie
TV5 Quebec Canada
TV5 Monde
Radio France Internationale
Le français dans le monde
Gouvernement du Canada